Accueil > Numéros parus : sommaires et résumés (* = numéro épuisé) > 66 Empowerment, pouvoir d’agir, en éducation À la croisée entre théorie(s), (...) > Former les enseignants d’EPS en France au XXè siècle Julien FUCHS & (...)

Former les enseignants d’EPS en France au XXè siècle
Julien FUCHS & Jen-Nicolas REMAUD (dir.)
PU de Rennes (2020)

Avec l’ouvrage collectif qu’ils codirigent dans la collection « Histoire » des PU de Rennes sur la formation des enseignants en éducation physique, Sébastien Fuchs et Jean-Nicolas Renaud livrent une somme à la fois très documentée et détaillée, mais également très unifiée dans son intention en dépit de la diversité des contributeurs et des configurations géographiques et institutionnelles étudiées. La communauté des enseignants, chercheurs et étudiants en EPS et en STAPS (et plus généralement tous les curieux de l’histoire de cette discipline singulière), accédera grâce à cet ouvrage à un large panorama sur les considérants politiques et institutionnels, les référents scientifiques et culturels, les lieux et les figures associés aux évolutions de la formation des enseignants en éducation physique de l’entre-deux-guerres à l’universitarisation de cette formation entre le milieu des années 1970 et celui des années 1980. Agrégeant une série de monographies consacrées aux établissements de formation (IREP puis UER EPS/UFR STAPS et/ou CREGS puis CREPS) de Paris à Toulouse, en passant par Dinard, Rennes, Angers (cas d’un établissement relevant de l’enseignement privé), Nancy, Strasbourg, Besançon et Grenoble, ce panorama renouvelle tout en le complétant une série de productions jusqu’ici encore très éparses (dont l’ouvrage procède au passage à un utile recensement). Le sérieux de la démarche historienne, la multiplicité des sources mobilisées et la systématicité du travail d’enquête doivent être soulignés, là où de nombreuses entreprises éditoriales relatives aux établissements de formation des enseignants relèvent encore trop souvent du registre de la célébration mémorielle dans une profession férue de généalogie, mais en définitive peu encline à aborder les conditions objectives de sa genèse au profit d’une vision téléologique de son devenir.
À travers la multiplication des cas de figure et par le jeu des échelles comparatives, ce sont ainsi non seulement les variations contextuelles qui sont appréhendées avec toute la nuance requise pour saisir les particularités locales, mais aussi les récurrences qui transparaissent en creux. Ressortent notamment à cet égard les fenêtres d’opportunités que constituent les réformes universitaires des années 1920 et 1960 pour la constitution des IREP puis leur transformation en UEREPS ; la demande de cadres et donc de formation conjointement induite par la poussée démographique scolaire et le développement des dispositions et des pratiques sportives au cours des années 1955-1965 ; la proximité culturelle et organisationnelle de la recherche médico-sportive naissante avec la physiologie du travail ; l’empreinte idéologique de l’hygiénisme et des logiques de contrôle médico-scolaire des populations ; la multi-positionnalité des acteurs institutionnels-clés capables de mobiliser des réseaux et ressources s’échelonnant de l’échelon le plus local (soutiens municipaux, services académiques, DRJS, clubs sportifs universitaires…) aux plus hautes instances nationales ; la superposition et, dans certaines conjonctures, la franche concurrence entre des établissements de formation (IREP/UEREPS v/s CREGS puis CREPS) répondant à des options de structuration institutionnelle et de formation qui ont longtemps balancé entre plusieurs modèles avant que ne s’impose durablement le modèle professoral d’encadrement des exercices physiques scolaires à la française.
L’entrée revendiquée par le local considéré comme une « dent creuse » de l’histoire de la formation des enseignants en EPS et la multiplication des points de vue sont indéniablement fructueux, mais évidemment pas sans contrepartie. Si les deux premiers chapitres visent opportunément à mettre en perspective les enjeux et termes de l’histoire de la formation des enseignants en EPS, les lecteurs ne trouveront ainsi pas dans cet ouvrage (ce que les auteurs ne prétendent à aucun moment) le manuel synthétique et commode pour se préparer aux épreuves de concours (au programme desquels cette histoire figure en bonne place), préparer des cours ou saisir rapidement la portée du cas que constitue l’institution¬nalisation cette filière de formation originale. Ce n’est au demeurant pas à proprement parler à une histoire de la formation des enseignants en EPS que les auteurs s’attellent, mais bien à une histoire des établissements régionaux successivement et/ou simultanément en charge de cette formation selon des modalités et avec des visées et débouchés variables. Focale assumée avec une grande cohérence problématique, mais au risque de quelques redondances. Une conclusion générale aurait à cet égard été la bienvenue pour récapituler les lignes de forces et opérer, comme le souligne chacun à leur façon les pré et post-faciers (J.-F. Condette et T. Terret), la jonction avec les enjeux et défis contemporains de la profession. La rhétorique très insistante relative au souci de produire une histoire à « hauteur d’hommes », de réhabiliter le poids des acteurs, peut par ailleurs dérouter, rapportée au projet affiché de promouvoir une « histoire connectée » précisément censée se libérer de la fausse alternative entre idiosyncrasies individuelles et omnipotence des structures et des contextes. Les contributions échappent toutefois la plupart du temps au travers de l’idéologie charismatique et au biais internaliste. Elles posent en cela un regard renouvelé sur les ressources et dispositions desdits acteurs, des réseaux dans lesquels ils s’insèrent et des espaces de contraintes et d’opportunités avec lesquelles ils composent. On ne peut assurément plus au sortir de cet ouvrage (et de quelques contributions antérieures) affirmer – comme le faisait encore Jean-Louis Gay-Lescot il y a trente ans – « […] sans risque d’erreur, qu’à l’heure actuelle aucune institution importante de ce pays, en matière d’éducation physique, n’a été vraiment étudiée » (1990 : 35) [1].

Stéphan MIERZEJEWSKI
Laboratoire RECIFES (EA 4520)
INSPÉ de Lille Hauts de France/Université de Lille

Notes

[1Gay-Lescot J.-L (1990) Travaux en histoire des activités physiques et des sports. Habilitation à Diriger des recherches en STAPS, Université de Bordeaux II.

Site réalisé avec SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0